Florian Méneret: « Je ne pilote jamais au-dessus de mes pompes »

Vivre la moto
// 31/01/2018

Nous avons le plaisir de vous présenter les ambassadeurs Ixtem Moto sur les routes de France en 2018.

Nous commençons cette série par Florian Méneret, talentueux pilote de rallyes routier.

Vous n’avez pas le temps de lire cette interview? Pas de souci, vous pouvez l’écouter. Si vous naviguez sur portable, cliquez sur « Listen in the browser ».

« JE NE PILOTE JAMAIS AU-DESSUS DE MES POMPES »

Florian, présente-toi pour les gens qui ne te connaissent pas encore?

J’ai 30 ans. Je suis venu à la moto par ma famille. Mon père est collectionneur de véhicules anciens depuis le plus jeune âge. Il avait fait pour mon frère un mini-Solex avec un vrai moteur. J’ai pu, dès l’âge de 4 ans, rouler avec ce petit Solex.

Après j’ai eu mes premières mobylettes vers l’âge de 7 ans. Avec mon frangin on se faisait des petites courses de mobs dans le jardin, pour le plus grand plaisir du voisinage. J’ai accumulé quelques vélomoteurs et restauré plusieurs véhicules anciens et ensuite je suis parti sur les terrains de motocross. Avec des mobylettes au début. Puis après avec une vieille 125 etc…

J’avais toujours une attirance pour la route, alors j’ai passé mon permis moto à 18 ans. J’ai possédé quelques motos atypiques. A commencer par une 125 deux temps, puis un 250 Aprilia RS que j’ai toujours d’ailleurs. C’était la moto de mes rêves quand j’étais plus jeune que jeune!

Mes études m’ont fait voyager en montagne, du coup je me suis ensuite acheté un trail. La suite logique a été la découverte du rallye comme discipline de part l’amour des petites routes…

La moto pour toi c’est d’abord de l’évasion avant d’être de la compétition non?

Absolument. J’ai aussi fait pas mal d’enduro quand j’étais en Alsace et fait beaucoup de moto-camping, des voyages qui m’ont amené à connaître de nombreuses régions et pays, toute l’Europe pratiquement. On a une sensation assez unique quand on découvre des paysages à moto, à la rencontre de peuples..On ressent clairement la sympathie générée par la moto et le motard auprès de gens qui n’ont pas forcément l’habitude de voir des motos.

J’explique toujours à mes amis automobilistes qu’ils se privent de l’odorat, un sens qui retrouve son importance à moto, dans la mesure où il n’y a plus rien entre toi et le monde.

Quels pays as-tu visités?

Mon premier périple était un voyage en Espagne et au Portugal. Le deuxième m’a emmené en Italie du Nord et en Suisse. Dernièrement j’étais dans les Balkans, un voyage très dépaysant, le Monténégro, la Bosnie, la Slovénie, trois beaux pays qui méritent le détour. Un dépaysement total, avec les traces encore bien présentes de la guerre en ex-Yougoslavie.

Pourquoi as-tu décidé, assez tardivement, de te lancer dans le rallye routier?

Le rallye routier, c’est se mesurer aux autres, mais aussi à soi-même. Pour moi c’est l’aspect le plus important. Les vidéos du Mototour de Lolo Cochet et Serge Nuques m’ont donné envie. Après il y a l’enjeu financier à prendre en compte. J’ai fait des études assez longues et il m’a fallu d’abord travailler un peu pour pouvoir me permettre de vivre cette passion.

J’ai commencé en transformant ma moto d’enduro, une grosse révision qui en réalité était une construction de moto de route. Après avoir goûté au rallye, il n’était plus question pour moi de remettre des crampons…J’étais mordu, l’ambiance, la course…On se prend au jeu de se combattre soi-même puis de se mesurer aux autres.

C’est un challenge qui me plaît et j’aime la compétition au fond de moi. Tous les ingrédients sont réunis.

Quelle est ta gestion du risque? Au-delà du talent, où tu t’arrêtes?

Alors…travaillant dans un milieu artistique, pour moi le talent n’existe pas, c’est le travail qui prime. Où je m’arrête…? C’est étonnant parce que j’ai beaucoup progressé ces derniers temps mais j’ai aussi l’impression de prendre moins de risques.

C’est peut-être davantage d’assurance ou une meilleure méthodologie.  Quand je pilote en spéciales, je n’ai pas l’impression de prendre des risques, de piloter au-dessus de mes pompes, je ne me fais pas peur, donc mentalement c’est la meilleure des choses.

Le plaisir est là, sans peur. Pour moi ce ne serait pas possible. Je ne sais pas comment réagissent les autres pilotes sur le sujet. Je travaille beaucoup sur le mental et sur la machine pour qu’elle soit rassurante, et tout se passe bien.

On a compris que tu es capable de démonter et remonter une bécane, même avec de la technologie?

Ma moto est de 2011, la seule technologie moderne dont elle dispose est une injection électronique. Mais je n’ai pas peur de mettre les mains dans le moteur, ma famille m’a appris à bricoler depuis toujours, j’ai restauré des voitures anciennes, et j’aime beaucoup apprendre de nouvelles choses pour me mettre à la page. Maintenant, ce n’est pas une moto de 2017 bourrée des dernières innovations.

Quelle est la part de la moto dans le succès? A combien la quantifier en pourcentage? Cela peut sembler une question bête, mais dire que « l’autre avait une meilleure moto » est toujours une bonne excuse non?

Depuis qu’on est passé en débridé, il y a de grands écarts avec certaines motos, mais je reste de l’avis qu’en rallye les réglages sont importants. Par exemple les suspensions, l’aisance qu’on a sur la moto, et pas forcément la puissance pure. Certaines bécanes sont effectivement supérieures, mais je dirais, allez…que 40% du travail est fait par une moto qui va bien. Après elle ne va pas forcément bien pour tous. La puissance et le poids ne sont pas forcément maîtrisables par tout le monde.

Florian, si on te donne un chèque en blanc pour acheter la moto de tes rêves, ce serait…?

Ca dépend pour quoi faire…mais pour le rallye, je vais rester très humble, c’est la moto que j’ai, un 690 Duke. J’ai voulu aller voir ailleurs un peu, essayer des motos beaucoup plus puissantes, mais de part ma grande taille je suis un peu handicapé. Je m’étais arrêté sur la 1290 Super Duke, c’est très beau sur le papier et fabuleux à conduire, mais pour se battre contre moi-même, ce n’est pas l’idéal.

Tu fais quoi dans la vie?

Je suis régisseur de théâtre. Je fais de la construction de décors et de la régie générale. Je gère des équipes techniques sur un ou plusieurs projets artistiques. Je pars en tournée avec une troupe en France et en Europe.

Comment est-ce compatible avec tes entraînements et tes rendez-vous en compétition?

Ca dépend des années et des gens avec qui je travaille. Il faut un peu de chance aussi. Je travaille avec une compagnie qui joue beaucoup l’hiver, beaucoup moins au printemps, et ensuite je demande des disponibilités. Ces dernières années tout s’est bien goupillé et 2018 s’annonce très bien aussi. Je suis déjà penché sur 2019, même si je ne connais pas les dates des compétitions, je préviens que je « pourrais ne pas être là » à telle et telle période. Mais je reste raisonnable, j’aime mon métier, le rallye est une passion qui me coûte de l’argent et je veux m’épanouir sur les deux fronts.

Quels sont tes entraînements?

Avant une course, si cela fait quelque temps que je n’ai pas roulé, je cherche à me remettre en jambe. Je m’entretiens physiquement avec du vélo et de la musculation. La bonne préparation est d’être reposé et bien dans sa tête pour pouvoir attaquer sereinement les reconnaissances qui doivent être faites dans de bonnes conditions. Il n’y a donc pas vraiment de « préparation » dans mon cas.

Si, je veille à être vraiment au point sur la moto. J’ai fait pas mal d’ajustements la saison dernière. A mon niveau de pratique, le moindre changement a des répercussions et on comprend aussitôt si c’est positif ou négatif.

Tu as eu des résultats très rapidement en rallye. Ton talent y est pour quelque chose non?

(sourire) Non…le talent…c’est un vaste sujet. C’est le fruit du travail, de la persévérance, de la préparation de la moto. Je le disais précédemment, 40% de la moto jouent dans le résultat, encore faut-il les atteindre! Au début ma moto n’était qu’à 15% et j’ai bossé pour l’améliorer.

Avoir une moto rassurante qui te permette d’aller vite sans peur. Je crois qu’en rallye il faut être bon mécanicien et bon metteur au point. C’est compliqué, ça demande beaucoup de compréhension et il faut savoir bien s’entourer. J’ai la chance de l’être. Didier Lechevestrier, un spécialiste des suspensions, m’aide beaucoup. Tu lui dis, « j’ai un problème de train avant, la moto n’engage pas assez » et lui te conseille, on teste, on valide ou non.

Une grosse contrainte en rallye est le changement constant du revêtement, la météo change, les pneus aussi, on roule sur le mouillé, sur le sec, les réglages sont décisifs et ce n’est pas simple.

Pour terminer, je te propose un petit questionnaire de Proust revisité. Quelle est ta principale qualité?

J’aime bien les gens.

Ton principal défaut?

Je n’aime pas les gens.

Qu’est-ce que le bonheur pour toi?

Etre épanoui chaque jour, être heureux de vivre quand on se lève avec tout ce qui nous entoure.

Qu’est-ce que tu apprécies le plus chez tes amis?

La disponibilité.

Ta couleur préférée?

Le jaune.

Le pays où tu aimerais vivre?

En France on est quand même pas mal…

Film préféré?

La haine.

Plat préféré?

Les pâtes. Une bonne carbonara ou une bonne sauce tomate au basilic!

Ixtem Moto suivra la saison de Florian avec passion. Premier rendez-vous le 18 avril!

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