TENSION EXTREME SUR LA LIGNE DE DEPART DU TT (BLOG JOUR 5)

Vivre la moto
// 08/06/2017
ouverture TT

Je me sentais bien ce matin, ou plutôt un peu mieux (j’ai eu un accident le premier jour du voyage qui m’a bien secoué). Je suis parti courir assez tôt sur la promenade du bord de mer. 40 minutes de plaisir, le regard aimanté par la mer.

Aujourd’hui, j’avais envie de vivre la course de l’intérieur. Mes potes avaient opté pour une journée avec point de vue depuis le pub The Crosby situé dans une grande ligne droite, avec un saut impressionnant qui fait le délice des photographes.

Sur le Tourist Trophy, les paddocks sont ouverts au public, une rareté à souligner. D’autres courses – où tout est confiné – pourraient s’en inspirer. Les grands teams ont des camions immenses, les autres s’affairent dans des camionnettes dont certaines semblent immortelles.

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mécanos

Les pilotes, et parfois les mécanos, sont souvent entourés de leur famille, on cuisine, on parle, on vibre. Les enfants jouent au milieu. Une ambiance qui rappelle Continental Circus, la grande époque qui a précédé l’extrême professionnalisation du MotoGP.

J’avais le privilège d’avoir pendu à mon cou un « Pass Guest », l’équivalent de l’entrée au Village de Rolland Garros, obtenu grâce à un client du même Bed & Breakfast que nous avec qui j’ai sympathisé. Avec ce « Sésame », on peut carrément accéder à la ligne de départ !

départ TT

J’ai retrouvé Cathy Vandenginste, rencontrée sur le MotoTour l’an dernier. Elle m’a permis de mieux comprendre la course et d’en saisir toutes les subtilités. Elle accompagne un pilote français présent sur la compétition.

Cathy

Je me suis arrêté à la hauteur du contrôle technique: tous les véhicules sont scrupuleusement vérifiés dans le détail. On comprend que la vie des pilotes est en jeu, la moto est passée au peigne fin.

Après un petit café, j’ai pu accéder au parc fermé grâce à mon Pass Guest. L’antichambre de la course. La tension est palpable. On voit les pilotes arriver. Les mécanos surveillent la bécane comme le lait sur le feu.. Les stars disposent d’une petite tente pour se concentrer. Couvertures chauffantes sur les pneus. Le départ Superstock était imminent. Après quelques minutes,  je me suis déplacé dans la ligne droite des stands où les gars filent à 170 miles (273 km/h).

ligne droite TT

On a déjeuné sur l’herbe avec des plats chauds (riz et poulet à l’indienne) achetés dans un supermarché voisin: bon et pas cher, comme quoi, il ne faut parfois pas se compliquer la vie.

poulet riz

Ensuite ce fut au tour des side-cars.

side-car

Après la pause, on est revenus dans les paddocks. Notre Frenchy Julien Toniotti semblait déçu par sa course. Il ne « sentait pas la machine ». Problèmes de réglages, en partie dus aux intempéries de la veille qui ont fait sauter des entraînements. On ne badine pas avec le mental sur le TT. Tout se joue à la micro-seconde et Julien n’était pas assez confiant dans sa machine.

On est passé saluer Fabrice Miguet, dit « Mig », un autre Français lancé dans l’aventure du TT que Cathy connaît bien. Un silence pesant régnait sous la tente. Fabrice avait chuté pendant la course Superstock, la moto n’était pas encore revenue, on ne savait pas si elle pourrait être réparée à temps pour rouler jeudi… Tout le monde se sentait coupable de quelque chose, les mécanos s’interrogeaient sur un éventuel problème technique, « Mig » faisait son mea culpa. L’investissement économique est tellement lourd que personne n’avait le coeur léger.

Le moindre détail compte. Anecdote. Fabrice Miguet a dit à ses mécanos lors de la course Supersport avant-hier: « c’est moi qui ferme le réservoir d’essence ». Le mécano fait le plein et lui ferme le bouchon. D’habitude c’est le contraire. Hélas, il a mal refermé le bouchon et au début du deuxième tour le bouchon a sauté, la moto a été aspergée d’essence: abandon forcé. Le moindre détail peut tout remette en question.

En cas de chute, les familles sont prévenues rapidement. 600 Marshalls sont répartis sur le circuit. Les informations remontent vite. Par contre, en cas de décès, il semble que ce soit plus opaque.

Puis ce fut le tour des LightWeight (refroidissement liquide, 4 temps, max 650 cm3). Avec mon badge et l’entregent de Cathy nous sommes passés partout, y compris dans la zone de ravitaillement. Les bidons d’essence sont dans de grands bidons métalliques et les pilotes ne voient pas l’essence couler, un peu comme un pistolet de pompe.

bidons essence ravitaillement TT

Là encore, une tension à couper au couteau qui se dénoue dans un grand soulagement collectif lors de la cérémonie protocolaire où les vainqueurs arborent de larges sourires triomphants.

vainqueurs

podium

Les courses suivantes ont été annulées. Sur cette île, tout change en un clin d’oeil. Drapeaux rouges sur les qualifications du Senior TT. Un pilote avait chuté.  La journée a été marquée par deux décès (je l’ai su par un ami qui connaissait un Marshall sur le circuit). La réputation du TT ne se dément pas mais personne n’en parle vraiment. Il faut lire la presse le lendemain pour l’apprendre. L’Irlandais Alan Bonner, 15ème en 2015, a perdu la vie tout comme le Néerlandais  Jochem Van den Hoek lors de l’épreuve Superstock le matin.

Dans notre société aseptisée et ultra-protectrice, le TT semble être devenu le dernier espace de liberté et de folie. Chacun vit sa passion sans limites, un risque calculé et manifestement assumé. Icare aussi s’est brûlé les ailes en s’approchant trop du soleil.

Cette longue et intense journée s’est terminée tard. Resto indien puis concert  rock au « Bushy’S » (pub temporaire monté sur la plage) et retour à l’hôtel bien après Minuit… Demain on annonce la pluie, ici elle règne en despote absolu.

soirée 1

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Un commentaire sur “TENSION EXTREME SUR LA LIGNE DE DEPART DU TT (BLOG JOUR 5)

  1. Isabelle dit :

    Super l’article mon Michel, top de voir l’ambiance des paddocks, expérience privilégiée pour bien comprendre les courses mythiques du TT.
    Tu vas revenir avec plein de beaux souvenirs!