« Jamais autant de femmes dans les moto-écoles! »

Motardes
// 24/11/2016
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(Lecture 7 min). Après le succès de notre post consacré au regard des hommes sur les motardes, la rédaction d’Ixtem-Moto souhaitait en savoir plus sur le phénomène actuel des femmes qui choisissent la moto. Nous avons donc demandé à deux moniteurs, en contact quotidien avec la réalité sur le terrain, ce qu’ils en pensent.

Sylvain, Julien,  un grand merci d’avoir accepté notre invitation. Présentez-vous à la communauté du blog JEROULEAMOTO.COM 

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SM. Salut à tous, je m’appelle Sylvain Mayet, je suis moniteur moto depuis 7 ans. Ma moto-école se trouve sur l’aéroport du Mans, juste à côté du circuit des 24 heures (Moto-Ecole Adhérence). Je suis spécialisé dans la formation par stages. Les élèves viennent chez moi pour une formation d’une semaine ou sur 5 samedis. Je travaille avec un groupe d’élèves (6 maximum), jusqu’à huit heures de cours par jour. Ils se suivent, on ne les sépare pas par niveau, ça crée des liens, de l’ambiance, de l’entraide, bref l’esprit motard.

JG. Je m’appelle Julien Grenon. J’ai 32 ans, 3 enfants et je suis tout frais diplômé comme moniteur depuis le mois de juin. J’exerce dans une petite moto-école Car’In Conduite à Mortagne-au-Perche dans l’Orne (61).

On parle d’un engouement des femmes pour la moto. Vous le ressentez dans les moto-écoles ?

Sylvain. Au niveau de mes formations je vois de plus en plus de filles. Sur chaque stage j’ai une ou deux filles désormais. C’est une tendance de fond. J’ai d’ailleurs aménagé mon parc moto en fonction des filles, 70% de mes motos sont rabaissées avec des selles creusées pour être adaptées aux petits gabarits. J’utilise en autres des 500CB Honda et des SV Suzuki. Les filles ont moins de force et doivent pouvoir se récupérer facilement avec les pieds en cas de déséquilibre. C’est un marché important, la demande est forte.

Sylvain Mayet lors d'un stage moto-école au Mans

Sylvain Mayet lors d’un stage moto-école au Mans

Julien. Absolument. Pour l’anecdote, ma femme vient de passer son permis hier, elle symbolise parfaitement la tendance en cours. En ce moment il y a énormément de femmes qui viennent chez nous pour s’informer, demander des renseignements, s’inscrire… Très franchement, nous avons beaucoup plus de femmes que d’hommes ces jours-ci. Un véritable engouement.

Le jour du permis, les femmes réagissent-elles mieux face au stress?

Sylvain. L’émotivité est le facteur d’échec numéro un. Le stress génère rapidement des pertes d’équilibre. Mais je ne vois pas de différence substantielle entre hommes et femmes le jour du permis. Disons que le groupe peut se ramasser si l’un des candidats se plante complètement et inversement, être stimulé par le succès des autres.

Julien. Il n’y a pas de règle. Cela dépend des caractères et des personnes. J’ai vu des femmes super zen au permis et des hommes trembler, et le contraire aussi.

Quelles sont les différences significatives entre hommes et femmes dans l’apprentissage?

Sylvain. Je trouve que les filles que je forme mettent plus de temps pour acquérir les bases requises pour l’examen, mais elles auront au final un meilleur niveau que les garçons. Elles intellectualisent davantage la situation, elles veulent comprendre pourquoi ça fonctionne comme ça, pourquoi il faut réagir comme ça… alors que les hommes sont plus « bourrins », ils progressent plus vite mais les femmes maîtrisent souvent mieux techniquement la situation. Les filles ont du mal sur le lent, en raison de leur physique plus faible elles ont des difficultés à maîtriser la moto, mais une fois qu’elles y arrivent, c’est très carré grâce au travail accompli, plus que les garçons qui souvent tentent « le passage en force ».

Julien. Les hommes arrivent et ils pensent déjà tout savoir. Si tu les écoutes ils savent déjà faire de la moto avant la première leçon. Les femmes en revanche sont toujours dans l’appréhension, elles ont une approche craintive au départ. Ce sont souvent de petits gabarits, elles ont donc beaucoup plus de mal sur tout ce qui est lent. Mais à la longue elles développent plus de facultés techniques que les hommes. Elles mettent beaucoup de temps à assimiler le lent parce qu’en raison de leur petite taille elles ont tendance à vouloir sortir les pieds partout, elles regardent les cônes systématiquement, elles ont donc d’abord besoin d’apprendre à faire corps avec la machine. Elles sont pénalisées par leur peur morbide de la chute et progressent donc plus lentement, et ce même si elles sont grandes de taille.

Une fois le permis en poche, la femme est plus prudente que l’homme sur la route?

Sylvain. Pas nécessairement. Je vais être honnête, une fois que les filles ont leur permis, je les vois rouler fort. Chez les motards, filles et garçons confondus, il y a deux personnalités: celui ou celle qui roule vraiment pépère en mode balade et puis celui ou elle qui a des envies de vitesse et qui envoie. Non, on ne peut pas dire que les filles soient plus sages que les garçons.

Julien Grenon moniteur à Mortagne-au-Perche.

Julien Grenon moniteur à Mortagne-au-Perche.

Julien. Chez moi très clairement oui. Comme en voiture, elles sont beaucoup moins transgressives que les garçons. Elles restent sur la réserve, elle se rendent compte que la machine reste un truc hyper dangereux et craignent toujours la chute, elles restent très lucides. Elle se laissent moins griser que les mecs. A mon avis, la différence avec ce que vient de dire Sylvain tient à la culture course et vitesse dans la Sarthe, avec le circuit, les 24 heures etc…je pense que cette passion pour les sports mécaniques joue beaucoup dans les comportements là-bas.

D’autres spécificités propres aux motardes?

Sylvain. Contrairement aux idées reçues, les motardes affirment et affichent leur féminité et la revendiquent avec de jolis cuirs cintrés, des couleurs de moto sympas et des équipements très « girly ». En Sarthe en tout cas, c’est comme ça. Et comme l’a déjà évoqué Julien plus haut, l’appréhension de la chute est plus marquée chez les filles et ce d’autant plus qu’elles prennent de l’âge, parce qu’elles comprennent les conséquences que pourrait avoir une chute sur leur vie de famille, le travail etc… Les femmes qui ont dépassé la quarantaine ont plus de difficultés.

Julien. Elles sont plus communautaires qu’autrefois, elles se soudent et s’organisent en clubs. Elles sont différentes aussi dans le choix de la moto: là où les garçons privilégient la puissance, les filles préfèrent l’esthétique de la bécane, la beauté de l’objet en soi, peu importe les chevaux: « Ma moto est belle à mes yeux, peu importe qu’elle soit puissante ». Chez les gars en revanche, c’est le classique: « J’ai la plus grosse ».

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Un commentaire sur “« Jamais autant de femmes dans les moto-écoles! »

  1. Rentjazz dit :

    Article très intéressant…
    Trés sympa que les femmes s’intéressent à la moto, ça a au moins le mérite de démystifier le vieux stéréotype du motard barbu macho en custom ;0)
    En effet, forcé de constater qu’à l’époque de mes leçons de conduite, certaines nanas avaient difficulté avec le plateau, bien que des exceptions subsistent.
    Au vu de cet attrait par la gent féminine, il serait judicieux que les constructeurs créent des motos pour plus petite taille, car même avec un kit de rabaissement, certaines morphologies ne permettent pas encore d’envisager le permis A…