De la chute au finish, les dernières heures incroyables du Mototour!

Vivre la moto
// 09/10/2016
mototour

Mes lunettes de vue sont quelque part, sur le bas-côté d’une route entre le Puy-en-Velay et Nice. Elles sont le prix payé pour avoir voulu, coûte que coûte, terminer le Mototour. Elles sont le gage de ma détermination, de mon envie, de mon combat pour aller jusqu’au bout, un ex-voto à la passion de la moto!

Je savais que la fatigue pouvait frapper à tout moment en ces dernières heures, tapie derrière mes cernes, aux aguets dans chacun de mes muscles endoloris. Elle a surgi brusquement à l’aube, peu après 6 heures, dans le brouillard glacé (3°C), alors que nous venions de quitter le Puy-en-Velay pour 700 kilomètres de liaison.

Je veux doubler dans un virage, j’accélère, la courbe se referme plus rapidement que prévu : erreur de pilotage. Je suis désarçonné et violemment projeté au sol. La moto se retourne comme une crêpe et me retombe presque dessus.

Du scotch américain pour rafistoler la visière du casque

Mon gilet airbag, que je testais sur cette épreuve, se déclenche aussitôt, amortissant ma chute. Ça fonctionne vraiment bien ! Pas un bleu, pas une égratignure. Si, j’avais juste les bottes un peu râpées. La tête a bien tapé par contre, le casque a morflé. J’ai rafistolé la visière avec du gros scotch américain. La moto, miraculeusement, n’avait rien. Les protège-poignées et les pare-carter ont fait le boulot.

Le podium officiel des cadors.

Le podium officiel des cadors.

« Tu t’es relevé immédiatement et tu es reparti, comme si rien ne s’était passé », m’ont dit les gars derrière moi. Instinctivement j’ai compris que tout se jouait dans ces secondes où il ne faut pas trop penser et gamberger. Un peu comme après une chute à cheval, il faut tout de suite remonter sur le dos du canasson. C’est ce que j’ai fait…oubliant carrément mes lunettes de vue (projetées par le choc) sur la route. Cela m’a gêné pour terminer ce Mototour parce que je suis myope de l’œil gauche, et j’avais du mal à lire les panneaux.

J’ai poursuivi ma route avec détermination, sans peur. J’étais dans mon truc quoi. La journée était encore longue ; nous avons enchaîné un nombre incroyable de cols. Après la Drôme, je me souviens de la beauté du col de Murs au pied du Ventoux et de la traversée des gorges du Verdon de nuit. J’ai retrouvé mon pote Yves dont la KTM éclaire mal: je me suis mis au cul de sa moto et mes LED surpuissants ont ouvert la route. Un jour tu aides quelqu’un, le lendemain c’est lui qui te sauve, telle est la loi des rallyes.

Soudain j’ai eu un début de fringale, un magistral coup de barre ! J’ai trouvé une boulangerie encore ouverte, je me suis arrêté pour dévorer une part de pizza et une petite quiche lorraine. J’étais devant le magasin quand j’ai vu une autre moto s’arrêter. C’était une Suissesse, une concurrente très sympa avec qui on avait déjà fait un bout de chemin cette semaine. Les cheveux courts à la garçonne, 35 ans environ, elle fait la course seule derrière parce que son mari, très compétitif, est avec les meilleurs devant. Complètement crevée, elle m’a confié : « Heureusement que je tombe sur toi, j’allais abandonner…». Alors on est repartis ensemble. La loi des rallyes je vous disais…

Je suis entré dans Nice à 22h30 vendredi soir après 700 bornes et deux base-chrono. Mon frangin m’attendait à l’arrivée. Quel plaisir de revoir une tête familière ! On a rapidement avalé un morceau à la cantine du Mototour et j’ai filé au Novotel du Cap 3000 où j’ai exactement dormi 5h30 heures. On m’attendait à 8h04 au pointage !

Surprise à Valberg: toute ma famille m’attend à l’arrivée de la spéciale!

Sous la douche brûlante du petit matin, rituel pour retrouver mes esprits, je savais que l’affaire était pliée. Ce dernier jour ne serait qu’une formalité. Hier, il y a eu un nombre important de chutes et d’abandons. J’étais heureux d’avoir tiré mon épingle du jeu. Pour la première spéciale, on a passé la matinée à tournicoter sur les lacets du col de Turini, bien connu des passionnés du rallye de Monte-Carlo . Ensuite on nous a envoyés sur Valberg pour la deuxième spéciale. J’étais moins à l’aise, la Katoche est difficile à conduire dans les épingles trop serrées. A l’arrivée j’ai eu une vision : mon frère était avec ma femme Isabelle, ma belle-sœur, et mes jumelles ! (Ninon et Gabrielle, 6 ans). Une surprise qui m’a un peu décontenancé, mais je ne me suis pas laissé aller aux larmes, étrangement le pilote a pris le dessus, se contentant d’une bise rapide et d’un geste affectueux, pour tracer la route vers la Place Masséna.

Joie et amitié à Nice!

Joie et amitié à Nice!

Je suis donc officiellement finisher du Mototour les amis. J’en profite pour tous vous remercier du soutien exprimé pendant la course à travers vos messages sur le blog ou sur les réseaux sociaux. Vous savez ce que j’ai reçu comme récompense ? Rien, pas même un tee-shirt !  Mais je remporte une foule de souvenirs et d’émotions et une irrésistible envie de refaire un rallye, peut-être celui des Volcans en juillet. J’aime l’Auvergne.

Incontestablement, avec 3300 kilomètres au programme, le Mototour est une tuerie sans égal. L’ami « Lolo » Cochet, un ex du Moto Journal qui participait, m’a confié qu’il n’avait rien fait d’aussi difficile jusqu’à maintenant. Il y avait même un concurrent venu des Etats-Unis par bateau avec sa moto. L’épreuve a une renommée internationale.

Et maintenant, que vais-je faire, récite la chanson… Pour le moment je n’ai envie que d’aller prendre un apéro et de faire un bon repas en famille. J’ai récupéré toutes mes affaires, je dormirai chez mon frère ce soir, et je remonte la moto à Paris mardi. 900 bornes sur voie rapide c’est de la rigolade !

Sortir de la dictature du temps

La Katoche a été à la hauteur, elle était mieux préparée que moi dois-je dire. Mais il va falloir la nettoyer sérieusement. J’ai tiré dessus toute la semaine (les derniers jours je remettais de l’huile tous les soirs) et elle est pleine de gravillons. Il doit y en avoir jusque dans la boîte à air ! Une bonne semaine de boulot devant moi pour la remettre en état.

J’ai beaucoup appris en une semaine. Je sais à présent que le Mototour ne te laisse le temps de rien, les seuls « sas » disponibles pour une pause sont ceux entre deux spéciales. Les pauses pour faire une photo ou manger un sandwich en route sont impossibles si tu veux rentrer dans les délais imposés. Bref, ce n’est pas une balade.

Le plus dur, ce sera de sortir de cette logique chronométrée. J’ai l’impression d’avoir avalé une montre. Je vis avec les secondes, il faudra me réhabituer aux heures. Tout autour de moi j’ai l’impression de voir les montres molles de Dali ou d’être suspendu à une horloge tel Buster Keaton.

Back home, les amis ! Mais demain au réveil, j’aurai une étrange sensation : « Quoi, on ne va pas rouler… ? »

Lire l’article précédent: « Déclic à Issoire: du blues au pur plaisir »

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2 commentaires sur “De la chute au finish, les dernières heures incroyables du Mototour!

  1. Cigalou dit :

    Merci de nous avoir fait vivre cette belle aventure Michel.

    Et autant le dire, tu viens de réussir à me convaincre de m’essayer à ce genre de délire sado-masochiste.

    Cet été je serais au rallye des Volcans avec toi !

  2. Nicolas SKeeD dit :

    B.R.A.V.O !!
    Tu es fatigué, tu es exténué même, mais tu peux aujourd’hui le dire, « Je l’ai fait ! ».
    Très heureux pour toi Michel, je te dis à bientôt pour me raconter quelques détails 😉